La voiture autonome de Google (partie 1)

Nous reproduisons ici une série d’articles de Chunka Mui, publiée initialement sur Forbes, l’un des commentateurs pionniers de la voiture autonome. Qu’il soit ici remercié pour son autorisation à la publication de cette série en français. Chunka Mui est l’auteur de nombreux ouvrages, dont The New Killer Apps, un ouvrage sur les ruptures technologiques. Il utilise les enseignements de cet ouvrage pour analyser le potentiel des voitures autonomes.

Attachez vos ceintures ! La voiture sans conducteur de Google vaut des milliards de milliards de dollars !

Première partie

Une grande partie des reportages sur la voiture sans conducteur de Google s’est concentrée à tort sur l’aspect science-fiction. Alors que la voiture est certainement géniale, le buzz suggère qu’il ne s’agit que d’une lubie initiée par de jeunes multimilliardaires iconoclastes, les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin. En fait, la voiture sans conducteur a de larges implications pour la société, l’économie et les entreprises individuelles. Rien qu’aux États-Unis, la voiture représente une industrie de 2 000 milliards de dollars de chiffres d’affaires par an et plus encore en termes de capitalisation boursière. Cela crée des opportunités capables d’éclipser l’activité actuelle du moteur de recherche et de poser des problèmes innombrables à tous les leaders de marché dans de nombreuses industries, y compris les constructeurs automobiles, les assurances, les entreprises pétrolières et toutes celles ayant un lien avec l’automobile.

Ainsi, la technologie de la voiture sans conducteur a clairement la possibilité d’empêcher des millions de décès et de blessés ainsi que d’économiser des centaines de milliards de dollars. Les allégations de Google, comme le décrit Sebastian Thrun, son développeur principal, sont les suivantes:
1. Nous pouvons réduire les accidents de circulation de 90%.
2. Nous pouvons réduire le temps de déplacement et le gaspillage d’essence de 90%.
3. Nous pouvons réduire le nombre de voitures de 90%.

Pour remettre ces chiffres en perspective : environ 5,5 millions d’accidents de véhicules sont survenus en 2009 aux États-Unis, impliquant 9,5 millions de véhicules. Ces accidents ont tué 33 808 personnes et blessé plus de 2,2 millions d’autres, 240 000 d’entre eux ont dû être hospitalisés. En additionnant tous les coûts liés aux accidents, y compris les frais médicaux, les dommages matériels, la perte de productivité, les frais juridiques, les retards de voyage, la douleur et la perte de qualité de vie, l’American Automobile Association (qui a étudié les données des accidents dans les 99 plus grandes régions urbaines des États-Unis) estime le total des coûts à 299,5 milliards de dollars. Si l’on ajuste ce chiffre au pays entier, on arrive à des chiffres de l’ordre de 450 milliards de dollars.

Maintenant, réduisons ces chiffres de 90%. Google estime que sa voiture pourrait préserver près de 30 000 vies chaque année sur les routes des États-Unis et empêcher près de 2 millions de blessés en plus. Google prétend qu’il peut réduire les dépenses liées aux accidents d’au moins 400 milliards de dollars par an aux États-Unis. Même si Google en est loin (et je ne crois pas que ce soit le cas), l’amélioration de la sécurité sera impressionnante.

En outre, la voiture sans conducteur permettrait de réduire le temps de déplacement et de carburant gaspillée en réduisant les embouteillages et en permettant aux voitures d’aller plus vite, de fonctionner de manière synchronisée, tout en optant pour des itinéraires plus efficaces. Une étude a estimé que les embouteillages font perdre 4,8 milliards d’heures et 1,9 milliards de litres de carburant par an pour les citadins américains. Cela se traduit par 101 milliards de dollars en perte de productivité et en coûts de combustible.

La voiture sans conducteur pourrait réduire le besoin de voitures en permettant un partage efficace des véhicules. Un véhicule sans conducteur pourrait théoriquement être partagé par plusieurs personnes, se rendre au moment et au lieu où il est requis ou se garer dans un lieu isolé quand il n’est pas utilisé. Une voiture est souvent la deuxième dépense la plus importante dans le patrimoine d’une personne, après la maison. Et pendant environ 95% du temps, elle n’est pas utilisée. Avec la voiture de Google, les gens pourraient éviter de dépenser plusieurs milliers de dollars, voire des dizaines de milliers, et payer, à la place, au kilomètre.

Une étude menée par Lawrence Burns et William Jordon au programme Earth Institute de l’Université de Columbia sur la mobilité durable a montré le potentiel considérable d’économies. Leur analyse a révélé qu’une flotte partagée de voitures sans conducteurs pourrait fournir de bien meilleurs services de transport que les véhicules appartenant à des particuliers à un coût beaucoup plus faible. Pour les villes de taille moyenne comme Ann Arbor, Michigan, le coût par trajet et par kilomètre pourrait être réduit de 80% par rapport à des véhicules possédés en propre, qui circuleraient environ 13 000 km par an, sans même tenir compte du stationnement et du temps gagné à ne plus conduire. Leur analyse a montré une économie similaire pour les zones de banlieue et densément peuplées.

En regardant dans le monde entier, les statistiques sont moins précises, mais les bénéfices potentiels sont encore plus impressionnants. L’Organisation mondiale de la santé estime que plus de 1,2 million de personnes sont tuées sur les routes internationales chaque année, et que 50 millions d’autres sont blessées. L’OMS prévoit que les problèmes ne feront que s’aggraver. Elle estime que les blessures de la route deviendront la cinquième cause de décès dans le monde en 2030, soit 3,6% du total – alors qu’elles n’étaient qu’à la neuvième place en 2004, à 2,2% du total mondial.

Si Google peut donner à chacun un conducteur électronique de classe mondiale, il permettra de réduire considérablement les décès, les blessures et les coûts directs des accidents. La voiture sans conducteur peut également permettre aux pays en développement de ne pas avoir à répliquer l’infrastructure automobile centralisée qui a émergé dans la plupart des pays occidentaux. Ce bond a déjà eu lieu avec les systèmes téléphoniques : les pays en développement qui manquent de lignes téléphoniques téléphone par ligne terrestre et de débit à haute vitesse, tels que l’Inde, font directement le saut vers les systèmes mobiles plutôt que de construire leurs infrastructures.

La Chine prévoit d’investir près de 800 milliards de dollars à la construction routière entre 2011 et 2015. Il est peu probable, cependant, que cet investissement massif puisse suivre la hausse des accidents ou les embouteillages que le pays endure. Et la construction de la route ne permet pas de traiter la question de la pollution, à laquelle l’accumulation de voitures contribue massivement et qui devient un problème de plus en plus sensible politiquement. Comment les investissements de la Chine et des autres pays en développement pourraient être redéployées si les hypothèses fondamentales ont été construites avec le point de vue la voiture sans conducteur ? En somme, la voiture Google sans conducteur fait non seulement forte impression, mais elle a des avantages sociaux et économiques qui pourraient s’élever à des milliards de dollars par an à travers le monde.

Fin de la première partie.

Le site personnel de l’auteur est ici.

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